
Atelier
Le 11 avril dernier, à l'Institut Agro Montpellier, nous avons eu le privilège d'animer un atelier auprès des membres d'Ingénieurs sans frontières (ISF), lors de leur weekend thématique consacré à la « Démocratie technique et ouverture technique ». Cette rencontre s'inscrit dans le prolongement naturel des liens institutionnels que l'OFC entretient avec ISF, œuvrant à leurs côtés depuis notre création en 2019 dans la transformation des formations d'ingénieur·es. A l’occasion de cet atelier, nous avons souhaité présenter, tant dans sa dimension théorique que pratique, notre étude RITES et le concept d'« Aspirations Professionnelles Écologiques » qui en constitue le cœur.
Avant de déployer l'atelier proprement dit, il importait de clarifier le positionnement et la méthodologie de l'OFC. En tant que structure de recherche du tiers secteur, l'OFC ne relève pas d'une logique commerciale, mais s'inscrit résolument dans une démarche d'engagement civique et scientifique. Notre association produit des connaissances sur les formations en ingénierie par le biais d'une recherche-action participative, qui implique délibérément les personnes concernées — élèves-ingénieur·es, enseignant·es, personnels administratifs — dans les trois dimensions du processus enquêter : la production de données (observations, entretiens, questionnaires), le suivi et l'analyse des matériaux collectés, et enfin la formulation de préconisations concrètes destinées aux établissements accompagnés.
Cette approche répond à une conviction fondamentale : il ne suffit pas d'observer les formations d'ingénieur·es de l'extérieur, mais il faut les soumettre à un regard critique depuis l'intérieur, mobilisant celles et ceux qui en vivent les enjeux au quotidien. L'atelier du 11 avril a permis de montrer en pratique comment cette démarche s'opère concrètement.
L'étude RITES — Recherche sur l'Insertion des ingénieur·es dans la Transition Écologique et Sociale — s'inscrit dans une volonté de répondre à des questions qui structurent notre travail depuis plusieurs années : comment qualifier les degrés différenciés d'implication écologique observés chez les élèves-ingénieur·es ? Pourquoi existe-t-il de telles disparités selon les filières et les établissements ? Quel rôle l'école joue-t-elle dans le développement d'une conscience écologique professionnalisée ? Quels autres facteurs — familiaux, associatifs, contextuels — interviennent dans cette dynamique ?
Menée entre 2023 et 2024 auprès de plus de 80 élèves-ingénieur·es d'ENSTA Bretagne et de Centrales Nantes, cette étude s'appuie sur une méthodologie qualitative combinant entretiens semi-directifs approfondis et approches collaboratives. Elle a permis d'identifier et de caractériser quatre types distincts d'aspirations professionnelles relativement aux enjeux écologiques : les aspirations « écologiquement contraintes », les aspirations « sans écologie », les aspirations « environnementales », les aspirations « socio-écologiques », et enfin les aspirations de « rupture ». Chacun de ces idéaux-types se distingue par le degré d'intégration des problématiques écologiques aux pratiques professionnelles et par les représentations que les individus se forgent de l'urgence socio-écologique.
L'atelier que nous avons déployé le 11 avril visait à rendre intelligible, par l'expérience vécue, le processus par lequel se construisent les aspirations professionnelles écologiques. Il s'est articulé en trois moments distincts, chacun correspondant à une graduation dans le passage du particulier au général.
Phase 1 : l'introspection individuelle
Les participant·es ont d'abord été invité·es à tracer leur propre courbe d'engagement écologique à travers le temps. Cet exercice demandait à chacun·e de matérialiser graphiquement l'intensité de sa sensibilité écologique depuis l'enfance jusqu'à aujourd'hui, en identifiant les points de basculement : un événement marquant, une rencontre décisive, l'exposition à une matière ou un apprentissage particulier. Cette première phase revêt une fonction méthodologique importante — elle place les individus dans une posture réflexive sur leurs propres trajectoires — mais elle possède aussi une valeur épistémologique : elle reconnaît que la connaissance des aspirations professionnelles doit partir du terrain des vies singulières, de ce que les individus eux-mêmes peuvent articuler de leurs parcours.
Phase 2 : l'échange dialogique
Dans un second temps, les participant·es se sont organisé·es en sous-groupes pour partager leurs courbes respectives. Cette phase de dialogue permet plusieurs choses : elle crée un espace de partage intime où peuvent émerger des expériences souvent peu verbalisées ; elle offre une première étape de montée en généralité, où l'on commence à reconnaître dans le récit d'autrui les éléments de sa propre trajectoire ; elle incarne concrètement la dimension participative de notre démarche, en faisant de chacun·e à la fois enquêteur et enquêté.
Phase 3 : la généralisation collective
Le dernier moment s'est attaché à fédérer les observations individuelles en régularités, en structures plus larges. Sans entrer dans le détail des parcours singuliers, nous nous sommes demandé collectivement : quels éléments se répètent ? Quels facteurs semblent structurer, d'un parcours à l'autre, la construction d'une conscience écologique professionnalisée ? Quel rôle a joué — ou non — la formation d'ingénieur·e dans ce processus ? Comment concilier les enjeux de carrière et les préoccupations écologiques ?
Ces trois questions finales ne sont pas anodines. Elles condensent les tensions intellectuelles et existentielles qui caractérisent la vie des étudiant·es en écoles d'ingénierie au moment d'une transition écologique et sociale dont l'urgence s'impose avec de plus en plus de clarté. Elles reflètent aussi l'une des préoccupations centrales de notre recherche : il ne s'agit pas simplement d'observer comment les individus se forgent une vision écologiquement consciente du métier d'ingénieur, mais d'identifier les conditions institutionnelles et structurelles qui rendent cette formation possible — ou qui la contrarient.
L'atelier a permis de faire émerger plusieurs régularités frappantes. D'abord, le rôle décisif des expériences associatives dans la cristallisation d'une conscience écologique agissante. Loin d'être un simple « supplément » optionnel à la formation, l'engagement associatif — tel que celui qu'incarne ISF — apparaît comme un véritable apprentissage des responsabilités collectives et de l'efficacité de l'action, autrement dit, comme un moment de construction du sens que les futurs professionnels conféreront à leur métier.
Ensuite, l'importance des figures inspirantes — mentors, professeur·es, camarades engagé·es — qui incarnent, par leur pratique même, une vision alternative de ce que peut être l'ingénieur·e. Ces figures jouent un rôle de cristallisation : elles rendent possible, par leur existence même, ce qui pouvait sembler inaccessible ou irréaliste.
Enfin, l'atelier a révélé la complexité des bifurcations professionnelles : les participant·es ne se contentent pas de « devenir plus conscient » de l'écologie au fil du temps. Il y a plutôt des moments critiques — parfois douloureux — où une prise de conscience aiguë entre en tension avec les injonctions d'une formation qui, pour beaucoup, ne prépare pas à intégrer pleinement ces enjeux. Comment naviguer cette tension ? Comment transformer une aspiration écologique en choix professionnel effectif sans renier l'identité d'ingénieur·e ? Ces questions demeurent ouvertes, et c'est précisément ce qui en fait l'intérêt.
Cette journée du 11 avril confirme que la question de la formation des ingénieur·es n'est pas une question technique, mais fondamentalement une question civique. Comment formons-nous les cadres qui façonneront notre rapport collectif aux technologies, aux ressources, aux enjeux écologiques et sociaux ? Quels espaces d'autonomie et de réflexion critique laissons-nous aux étudiant·es pour construire leurs propres aspirations professionnelles ?
Le rôle joué par des structures associatives telles qu’ISF est précieux à cet égard. Cela rappelle que les transformations des formations d'ingénierie ne sauraient être le simple fruit d'ajustements curriculaires techniques. Elles doivent être portées par les étudiant·es eux-mêmes, par leur engagement, par leur capacité à réinventer le sens de leur discipline. L'OFC est fier de pouvoir accompagner et documenter ces dynamiques, en mettant notre démarche scientifique au service de l’action.
L'étude RITES est accessible en intégralité ici. Pour plus d'informations sur les activités de l'OFC, notamment les possibilités d'accompagnement bénévole d'enquêtes menées par des étudiant·es, contactez-nous à : contact@asso-odfc.org.

Atelier
Le 11 avril dernier, à l'Institut Agro Montpellier, nous avons eu le privilège d'animer un atelier auprès des membres d'Ingénieurs sans frontières (ISF), lors de leur weekend thématique consacré à la « Démocratie technique et ouverture technique ». Cette rencontre s'inscrit dans le prolongement naturel des liens institutionnels que l'OFC entretient avec ISF, œuvrant à leurs côtés depuis notre création en 2019 dans la transformation des formations d'ingénieur·es. A l’occasion de cet atelier, nous avons souhaité présenter, tant dans sa dimension théorique que pratique, notre étude RITES et le concept d'« Aspirations Professionnelles Écologiques » qui en constitue le cœur.
Avant de déployer l'atelier proprement dit, il importait de clarifier le positionnement et la méthodologie de l'OFC. En tant que structure de recherche du tiers secteur, l'OFC ne relève pas d'une logique commerciale, mais s'inscrit résolument dans une démarche d'engagement civique et scientifique. Notre association produit des connaissances sur les formations en ingénierie par le biais d'une recherche-action participative, qui implique délibérément les personnes concernées — élèves-ingénieur·es, enseignant·es, personnels administratifs — dans les trois dimensions du processus enquêter : la production de données (observations, entretiens, questionnaires), le suivi et l'analyse des matériaux collectés, et enfin la formulation de préconisations concrètes destinées aux établissements accompagnés.
Cette approche répond à une conviction fondamentale : il ne suffit pas d'observer les formations d'ingénieur·es de l'extérieur, mais il faut les soumettre à un regard critique depuis l'intérieur, mobilisant celles et ceux qui en vivent les enjeux au quotidien. L'atelier du 11 avril a permis de montrer en pratique comment cette démarche s'opère concrètement.
L'étude RITES — Recherche sur l'Insertion des ingénieur·es dans la Transition Écologique et Sociale — s'inscrit dans une volonté de répondre à des questions qui structurent notre travail depuis plusieurs années : comment qualifier les degrés différenciés d'implication écologique observés chez les élèves-ingénieur·es ? Pourquoi existe-t-il de telles disparités selon les filières et les établissements ? Quel rôle l'école joue-t-elle dans le développement d'une conscience écologique professionnalisée ? Quels autres facteurs — familiaux, associatifs, contextuels — interviennent dans cette dynamique ?
Menée entre 2023 et 2024 auprès de plus de 80 élèves-ingénieur·es d'ENSTA Bretagne et de Centrales Nantes, cette étude s'appuie sur une méthodologie qualitative combinant entretiens semi-directifs approfondis et approches collaboratives. Elle a permis d'identifier et de caractériser quatre types distincts d'aspirations professionnelles relativement aux enjeux écologiques : les aspirations « écologiquement contraintes », les aspirations « sans écologie », les aspirations « environnementales », les aspirations « socio-écologiques », et enfin les aspirations de « rupture ». Chacun de ces idéaux-types se distingue par le degré d'intégration des problématiques écologiques aux pratiques professionnelles et par les représentations que les individus se forgent de l'urgence socio-écologique.
L'atelier que nous avons déployé le 11 avril visait à rendre intelligible, par l'expérience vécue, le processus par lequel se construisent les aspirations professionnelles écologiques. Il s'est articulé en trois moments distincts, chacun correspondant à une graduation dans le passage du particulier au général.
Phase 1 : l'introspection individuelle
Les participant·es ont d'abord été invité·es à tracer leur propre courbe d'engagement écologique à travers le temps. Cet exercice demandait à chacun·e de matérialiser graphiquement l'intensité de sa sensibilité écologique depuis l'enfance jusqu'à aujourd'hui, en identifiant les points de basculement : un événement marquant, une rencontre décisive, l'exposition à une matière ou un apprentissage particulier. Cette première phase revêt une fonction méthodologique importante — elle place les individus dans une posture réflexive sur leurs propres trajectoires — mais elle possède aussi une valeur épistémologique : elle reconnaît que la connaissance des aspirations professionnelles doit partir du terrain des vies singulières, de ce que les individus eux-mêmes peuvent articuler de leurs parcours.
Phase 2 : l'échange dialogique
Dans un second temps, les participant·es se sont organisé·es en sous-groupes pour partager leurs courbes respectives. Cette phase de dialogue permet plusieurs choses : elle crée un espace de partage intime où peuvent émerger des expériences souvent peu verbalisées ; elle offre une première étape de montée en généralité, où l'on commence à reconnaître dans le récit d'autrui les éléments de sa propre trajectoire ; elle incarne concrètement la dimension participative de notre démarche, en faisant de chacun·e à la fois enquêteur et enquêté.
Phase 3 : la généralisation collective
Le dernier moment s'est attaché à fédérer les observations individuelles en régularités, en structures plus larges. Sans entrer dans le détail des parcours singuliers, nous nous sommes demandé collectivement : quels éléments se répètent ? Quels facteurs semblent structurer, d'un parcours à l'autre, la construction d'une conscience écologique professionnalisée ? Quel rôle a joué — ou non — la formation d'ingénieur·e dans ce processus ? Comment concilier les enjeux de carrière et les préoccupations écologiques ?
Ces trois questions finales ne sont pas anodines. Elles condensent les tensions intellectuelles et existentielles qui caractérisent la vie des étudiant·es en écoles d'ingénierie au moment d'une transition écologique et sociale dont l'urgence s'impose avec de plus en plus de clarté. Elles reflètent aussi l'une des préoccupations centrales de notre recherche : il ne s'agit pas simplement d'observer comment les individus se forgent une vision écologiquement consciente du métier d'ingénieur, mais d'identifier les conditions institutionnelles et structurelles qui rendent cette formation possible — ou qui la contrarient.
L'atelier a permis de faire émerger plusieurs régularités frappantes. D'abord, le rôle décisif des expériences associatives dans la cristallisation d'une conscience écologique agissante. Loin d'être un simple « supplément » optionnel à la formation, l'engagement associatif — tel que celui qu'incarne ISF — apparaît comme un véritable apprentissage des responsabilités collectives et de l'efficacité de l'action, autrement dit, comme un moment de construction du sens que les futurs professionnels conféreront à leur métier.
Ensuite, l'importance des figures inspirantes — mentors, professeur·es, camarades engagé·es — qui incarnent, par leur pratique même, une vision alternative de ce que peut être l'ingénieur·e. Ces figures jouent un rôle de cristallisation : elles rendent possible, par leur existence même, ce qui pouvait sembler inaccessible ou irréaliste.
Enfin, l'atelier a révélé la complexité des bifurcations professionnelles : les participant·es ne se contentent pas de « devenir plus conscient » de l'écologie au fil du temps. Il y a plutôt des moments critiques — parfois douloureux — où une prise de conscience aiguë entre en tension avec les injonctions d'une formation qui, pour beaucoup, ne prépare pas à intégrer pleinement ces enjeux. Comment naviguer cette tension ? Comment transformer une aspiration écologique en choix professionnel effectif sans renier l'identité d'ingénieur·e ? Ces questions demeurent ouvertes, et c'est précisément ce qui en fait l'intérêt.
Cette journée du 11 avril confirme que la question de la formation des ingénieur·es n'est pas une question technique, mais fondamentalement une question civique. Comment formons-nous les cadres qui façonneront notre rapport collectif aux technologies, aux ressources, aux enjeux écologiques et sociaux ? Quels espaces d'autonomie et de réflexion critique laissons-nous aux étudiant·es pour construire leurs propres aspirations professionnelles ?
Le rôle joué par des structures associatives telles qu’ISF est précieux à cet égard. Cela rappelle que les transformations des formations d'ingénierie ne sauraient être le simple fruit d'ajustements curriculaires techniques. Elles doivent être portées par les étudiant·es eux-mêmes, par leur engagement, par leur capacité à réinventer le sens de leur discipline. L'OFC est fier de pouvoir accompagner et documenter ces dynamiques, en mettant notre démarche scientifique au service de l’action.
L'étude RITES est accessible en intégralité ici. Pour plus d'informations sur les activités de l'OFC, notamment les possibilités d'accompagnement bénévole d'enquêtes menées par des étudiant·es, contactez-nous à : contact@asso-odfc.org.


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