
10.10.2025
Entretien retranscrit par Joachim Fischer.
L’OFC s’est entretenue ¹ avec Elise Ternynck fin 2024 pour échanger sur les évolutions possibles des écoles d’ingénieur·es en ce qui concerne leur intégration des questions liées au genre, que ce soit au sein du cursus ou lors d’actions de sensibilisation sur les campus. S’il y a peu de littérature scientifique sur le sujet (voir par exemple Coline Briquet, 2019 ²), plusieurs affaires de violences sexistes et sexuelles au sein de grandes écoles ont été médiatisées ³, contribuant à alimenter les réflexions sur ces questions dans l’espace public.
D’autres indicateurs semblent suggérer une montée en puissance de cette problématique sur les campus, comme la création d’associations étudiantes féministes.
Elise Ternynck est directrice de la formation à ENSAIT et enseignante en Droit et Responsabilité Sociale des Entreprises. Son parcours académique est atypique pour une directrice de formation en école d’ingénieur·es : après un baccalauréat S à Dunkerque, Elise s’est dirigée vers une formation en droit ayant abouti à la rédaction d’une thèse soutenue en 2014. Son travail de recherche portait sur la force de la preuve électronique devant les prudhommes. Elle a été recrutée à l’ENSAIT peu de temps après sa soutenance en tant que PRAG pour dispenser des cours en Droit du Travail, et, plus spécifiquement, sur les Droits Humains et les risques environnementaux dans la filière textile. Au bout de quelques années, elle prend le poste de Directrice de la Formation de l’ENSAIT. Elle est responsable de l’ensemble du cursus d’ingénieur, depuis le concours d’entrée jusqu’à la diplomation des étudiant·es.
ENSAIT, Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles :
Créée en 1889, l’ENSAIT est une école d’ingénieurs publique installée à Roubaix historiquement spécialisée dans la formation aux métiers de la filière textile. Les élèves ingénieurs sont admis sur concours (par la voie des CPGE ou à Bac +2/3) et suivent ensuite un cursus en trois ans. Au cours de la 2ème année, ils choisissent une spécialisation parmi deux majeures : Ingénierie de la Mode & des Services ou Ingénierie des Textiles Techniques, qu’ils approfondiront avec deux domaines d’application en 3ème année. L’école forme également des ingénieurs par apprentissage dont la proportion de l’effectif global représente environ 30%.
OFC : Comment ont émergé les problématiques liées au genre à l’ENSAIT ?
Elise T. : Il y a trois ans, nous avons créé une commission Violences Sexistes et Sexuelles (VSS) à destination des étudiant·es. Elle a été saisie tout de suite, dès son ouverture, alors que peu d’étudiant·es étaient venu·es me voir auparavant. C’est une première étape. En même temps, une association écoféministe s’est montée il y a deux ans. Elles ont lancé des événements pour le droit des femmes le 8 mars, elles ont fait venir des intervenantes sur le leadership au féminin… Il faut savoir que notre école est aussi très féminisée : aujourd’hui, on a 71% de femmes et ça fait depuis 1995 que l’on est à la parité. Mais de ce que je vois, ça ne fait que deux ans qu’il y a une évolution et une mobilisation sur le sujet. C’est à ce moment-là que je me suis dit : faisons un essai. Donc j’ai mis en place un cours sur le genre. On a mobilisé Hélène Duffuler-Vialle, historienne du droit et spécialisée sur le genre. Elle est venue faire un cours dans le cadre du module « Débats et Controverses ». De plus, dans mes cours de Droit du Travail, des étudiant·es ont mis en avant la thématique des violences sexistes et sexuelles sur les lieux de travail, y compris dans le cadre de stages. Tout ça, c’est en interne. Au niveau de la CTI et dans les différents colloques, c’est aussi un sujet que je suis et que je vois commencer à émerger.
OFC : Comment la question du genre est prise en charge à l’ENSAIT ? Comment le corps professoral réagit à ce sujet ?
Ma crédibilité à porter le sujet n’est pas aisée. Néanmoins, si je me suis emparée de ces questions, c’est par conviction personnelle. Je suis soutenue par le Directeur de l’école, ce qui est important. De manière générale, je dirais que ces transformations ont été jugées intéressantes et utiles, même si je peux être catégorisée par certain·es comme la féministe de l’école. Cela vient avec son lot de petites remarques ou commentaires. Par exemple, l’écriture inclusive n’est pas généralisée dans le corps professoral et certains textes que j’ai pu écrire ont été « corrigés » pour que l’inclusif soit enlevé.
Au niveau des étudiant·es, l’association qui organise le bal de gala s’est mise cette année à utiliser l’écriture inclusive, ce qui m’a renforcée dans ma position. Les choses évoluent sur ce sujet. Toutefois, j’ai aussi connaissance d’un étudiant qui a pris la parole lors d’un cours et qui a essayé de déconstruire l’argumentaire féministe sur les inégalités de genre. C’est assez rare dans nos rangs, mais ça me questionne.
OFC : As-tu vu une différence d’appropriation des questions féministes en fonction du genre des personnes, que ce soit celui des étudiant·es ou celui des enseignant·es-chercheur·es ?
Je dirais que dans mon école il y a une réappropriation des codes, des modèles, de l’ethos de l’ingénieur autant par les femmes que par les hommes. Je ne vois pas de différence d’approche sur la question du genre selon que l’on soit un homme ou une femme. Je pense que cela provient de la forte présence des codes de l’ingénieur dans le processus d’intégration à l’ENSAIT.
Mais il faut que je nuance ce que je viens de dire : il y a eu la création de l’association écoféministe que j’évoquais. Je pense que ces dernières années, ça bouge pas mal parmi les étudiant·es sur ces questions. Une manière de le voir, c’est de regarder les références mobilisées lors des discours de remise de diplôme : on retrouve régulièrement des références à la planète, au développement durable… Dernièrement, il y a eu une référence au féminisme et à l’égalité des genres. Certaines étudiantes m’ont aussi remercié pour le discours que j’avais fait sur l’égalité de genre lors d’une cérémonie précédente.
Un autre élément m’interpelle : c’est le chant entonné lors des remises de diplômes, un chant assez sexiste. Il a été remis en cause lors de la remise de diplôme de 2024. Et pour la première fois depuis 1881, la représentante des étudiant·es a décidé de ne pas lancer le chant. C’est significatif pour moi.
OFC : Quel est le bilan que tu dresses de cette restructuration du cursus autour de ces questions ? Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté dans ton rôle à l’ENSAIT ?
En termes de genèse du projet, je me suis posée la question : si moi j’intègre le genre dans la formation, y a-t-il d’autres décideurs qui estiment que ces savoirs sont légitimes et enseignables ? En échangeant à la CTI et à la CDEFI, il s’avère que certain·es le font déjà, et d’autres pas du tout et n’ont pas l’intention de le faire. J’ai pu observer plusieurs types de réactions, entre les personnes qui ont un rejet viscéral du sujet et celles qui sont déjà convaincues et l’ont intégré dans leurs formations. Ce que j’ai aussi pu remarquer, c’est que le sujet semble emprunter le même chemin que le développement durable. Initialement, les questions environnementales étaient abordées sous l’angle de la sensibilisation, avec par exemple des fresques du climat. Mais elles n’étaient pas rendues visibles dans la maquette des formations. C’est ce que font encore certaines écoles, d’ailleurs. Ce que je vois pour le moment sur le genre, ce sont surtout des formats de sensibilisation avec par exemple une fresque du sexisme. C’est une bonne idée, je trouve. Il y a, dans certaines écoles très peu féminisées, des actions en non-mixité. Il y a donc un ensemble de situations de sensibilisation qui ne sont pas intégrées dans les maquettes de formation.
Il y a quand-même certaines écoles où c’est assumé et où ça donne lieu à des crédits ECTS. Généralement, ce n’est pas inscrit avec un intitulé « Cours sur le genre » mais c’est intégré à l’intérieur d’un autre cours, comme par exemple lors d’une « Semaine éthique », ou encore dans le cadre d’une enquête en Ressources Humains portant sur l’égalité femme-homme dans les entreprises. La question que je me pose, c’est : pourquoi certaines ont passé le cap et d’autres non ? Moi, à l’ENSAIT, je renforce les cours liés au genre, j’en rajoute. On a commencé par les intégrer au module « Débats et Controverses » avec une Histoire du Droit de l’Egalité. Progressivement, il y a une intégration de nouveaux modules.
OFC : Il y a une différence ici, semble-t-il, avec le développement durable dans le sens où, dans certaines écoles, les enjeux socio-écologiques étaient apparus dans les années 2000 et avaient disparu, pour réapparaitre ces dernières années.
Aujourd'hui, ne pas parler de RSE ou de Développement Durable dans les enseignements en école d’ingénieur·es, c’est un risque. Pour le genre, c’est vraiment le début. Historiquement, la question du genre n’est jamais apparue, ça commence à peine.
Il y a le groupe de formation de la CDEFI qui souhaite travailler sur les questions sociales, et intégrer le genre dans ce cadre. Si la CDEFI inscrit cette thématique lors d’un colloque, ça ne disparaitra plus. Sur la sanction de la CTI, il s’avère que les accréditations étaient quasiment reconduites de manière systématique auparavant, mais 2024 a été l’année où la CTI a le moins reconduit d’accréditations sur cinq ans. C’est une angoisse pour beaucoup. Cette année, les trois axes les plus discriminants étaient : la fiche RNCP, la démarche compétences et la démarche qualité ⁴.
Conclusion de l’OFC
Dans son rôle d’accompagnement de transformation des écoles d’ingénieur·es, l’OFC soutient les initiatives qui intègrent les questions liées aux violences sexistes et sexuelles sur les campus. Leur prise en compte est une dimension importante de la transition écologique et sociale des formations au monde de l’ingénierie. Les curricula bénéficieraient sur ce sujet d’une incorporation plus large des SHS dans le sens où les approches critiques et pluridisciplinaires sont propices à développer une réflexion sur les rapports de pouvoir qui font souvent partie intégrante des situations problématiques liées au genre.

La bibliothèque de l'ENSAIT de Roubaix, construite en 1881 est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. © ENSAIT Roubaix
Notes
1 Les membres de l’OFC présents lors de la discussion étaient Christelle Didier, Nathan Coutable, Marc Gallien et Victor Michaud.
2 Briquet, C. (2019). De la banalisation des violences de genre en école d’ingénieur·e·s. Cahiers du Genre, 66(1), 109-128
3 https://www.lemonde.fr/campus/article/2022/11/30/violences-sexistes-les-ecoles-d-ingenieurs-face-a-desannees-de-banalisation-des-abus_6152271_4401467.html
4 Note de l’OFC : les critères d’évaluation restent centrés sur le « cœur de métier ». Les écoles n’ont pas été retoquées pour leur absence de prise en compte du genre dans leur formation.
10.10.2025
Entretien retranscrit par Joachim Fischer.
L’OFC s’est entretenue ¹ avec Elise Ternynck fin 2024 pour échanger sur les évolutions possibles des écoles d’ingénieur·es en ce qui concerne leur intégration des questions liées au genre, que ce soit au sein du cursus ou lors d’actions de sensibilisation sur les campus. S’il y a peu de littérature scientifique sur le sujet (voir par exemple Coline Briquet, 2019 ²), plusieurs affaires de violences sexistes et sexuelles au sein de grandes écoles ont été médiatisées ³, contribuant à alimenter les réflexions sur ces questions dans l’espace public.
D’autres indicateurs semblent suggérer une montée en puissance de cette problématique sur les campus, comme la création d’associations étudiantes féministes.
Elise Ternynck est directrice de la formation à ENSAIT et enseignante en Droit et Responsabilité Sociale des Entreprises. Son parcours académique est atypique pour une directrice de formation en école d’ingénieur·es : après un baccalauréat S à Dunkerque, Elise s’est dirigée vers une formation en droit ayant abouti à la rédaction d’une thèse soutenue en 2014. Son travail de recherche portait sur la force de la preuve électronique devant les prudhommes. Elle a été recrutée à l’ENSAIT peu de temps après sa soutenance en tant que PRAG pour dispenser des cours en Droit du Travail, et, plus spécifiquement, sur les Droits Humains et les risques environnementaux dans la filière textile. Au bout de quelques années, elle prend le poste de Directrice de la Formation de l’ENSAIT. Elle est responsable de l’ensemble du cursus d’ingénieur, depuis le concours d’entrée jusqu’à la diplomation des étudiant·es.
ENSAIT, Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles :
Créée en 1889, l’ENSAIT est une école d’ingénieurs publique installée à Roubaix historiquement spécialisée dans la formation aux métiers de la filière textile. Les élèves ingénieurs sont admis sur concours (par la voie des CPGE ou à Bac +2/3) et suivent ensuite un cursus en trois ans. Au cours de la 2ème année, ils choisissent une spécialisation parmi deux majeures : Ingénierie de la Mode & des Services ou Ingénierie des Textiles Techniques, qu’ils approfondiront avec deux domaines d’application en 3ème année. L’école forme également des ingénieurs par apprentissage dont la proportion de l’effectif global représente environ 30%.
OFC : Comment ont émergé les problématiques liées au genre à l’ENSAIT ?
Elise T. : Il y a trois ans, nous avons créé une commission Violences Sexistes et Sexuelles (VSS) à destination des étudiant·es. Elle a été saisie tout de suite, dès son ouverture, alors que peu d’étudiant·es étaient venu·es me voir auparavant. C’est une première étape. En même temps, une association écoféministe s’est montée il y a deux ans. Elles ont lancé des événements pour le droit des femmes le 8 mars, elles ont fait venir des intervenantes sur le leadership au féminin… Il faut savoir que notre école est aussi très féminisée : aujourd’hui, on a 71% de femmes et ça fait depuis 1995 que l’on est à la parité. Mais de ce que je vois, ça ne fait que deux ans qu’il y a une évolution et une mobilisation sur le sujet. C’est à ce moment-là que je me suis dit : faisons un essai. Donc j’ai mis en place un cours sur le genre. On a mobilisé Hélène Duffuler-Vialle, historienne du droit et spécialisée sur le genre. Elle est venue faire un cours dans le cadre du module « Débats et Controverses ». De plus, dans mes cours de Droit du Travail, des étudiant·es ont mis en avant la thématique des violences sexistes et sexuelles sur les lieux de travail, y compris dans le cadre de stages. Tout ça, c’est en interne. Au niveau de la CTI et dans les différents colloques, c’est aussi un sujet que je suis et que je vois commencer à émerger.
OFC : Comment la question du genre est prise en charge à l’ENSAIT ? Comment le corps professoral réagit à ce sujet ?
Ma crédibilité à porter le sujet n’est pas aisée. Néanmoins, si je me suis emparée de ces questions, c’est par conviction personnelle. Je suis soutenue par le Directeur de l’école, ce qui est important. De manière générale, je dirais que ces transformations ont été jugées intéressantes et utiles, même si je peux être catégorisée par certain·es comme la féministe de l’école. Cela vient avec son lot de petites remarques ou commentaires. Par exemple, l’écriture inclusive n’est pas généralisée dans le corps professoral et certains textes que j’ai pu écrire ont été « corrigés » pour que l’inclusif soit enlevé.
Au niveau des étudiant·es, l’association qui organise le bal de gala s’est mise cette année à utiliser l’écriture inclusive, ce qui m’a renforcée dans ma position. Les choses évoluent sur ce sujet. Toutefois, j’ai aussi connaissance d’un étudiant qui a pris la parole lors d’un cours et qui a essayé de déconstruire l’argumentaire féministe sur les inégalités de genre. C’est assez rare dans nos rangs, mais ça me questionne.
OFC : As-tu vu une différence d’appropriation des questions féministes en fonction du genre des personnes, que ce soit celui des étudiant·es ou celui des enseignant·es-chercheur·es ?
Je dirais que dans mon école il y a une réappropriation des codes, des modèles, de l’ethos de l’ingénieur autant par les femmes que par les hommes. Je ne vois pas de différence d’approche sur la question du genre selon que l’on soit un homme ou une femme. Je pense que cela provient de la forte présence des codes de l’ingénieur dans le processus d’intégration à l’ENSAIT.
Mais il faut que je nuance ce que je viens de dire : il y a eu la création de l’association écoféministe que j’évoquais. Je pense que ces dernières années, ça bouge pas mal parmi les étudiant·es sur ces questions. Une manière de le voir, c’est de regarder les références mobilisées lors des discours de remise de diplôme : on retrouve régulièrement des références à la planète, au développement durable… Dernièrement, il y a eu une référence au féminisme et à l’égalité des genres. Certaines étudiantes m’ont aussi remercié pour le discours que j’avais fait sur l’égalité de genre lors d’une cérémonie précédente.
Un autre élément m’interpelle : c’est le chant entonné lors des remises de diplômes, un chant assez sexiste. Il a été remis en cause lors de la remise de diplôme de 2024. Et pour la première fois depuis 1881, la représentante des étudiant·es a décidé de ne pas lancer le chant. C’est significatif pour moi.
OFC : Quel est le bilan que tu dresses de cette restructuration du cursus autour de ces questions ? Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté dans ton rôle à l’ENSAIT ?
En termes de genèse du projet, je me suis posée la question : si moi j’intègre le genre dans la formation, y a-t-il d’autres décideurs qui estiment que ces savoirs sont légitimes et enseignables ? En échangeant à la CTI et à la CDEFI, il s’avère que certain·es le font déjà, et d’autres pas du tout et n’ont pas l’intention de le faire. J’ai pu observer plusieurs types de réactions, entre les personnes qui ont un rejet viscéral du sujet et celles qui sont déjà convaincues et l’ont intégré dans leurs formations. Ce que j’ai aussi pu remarquer, c’est que le sujet semble emprunter le même chemin que le développement durable. Initialement, les questions environnementales étaient abordées sous l’angle de la sensibilisation, avec par exemple des fresques du climat. Mais elles n’étaient pas rendues visibles dans la maquette des formations. C’est ce que font encore certaines écoles, d’ailleurs. Ce que je vois pour le moment sur le genre, ce sont surtout des formats de sensibilisation avec par exemple une fresque du sexisme. C’est une bonne idée, je trouve. Il y a, dans certaines écoles très peu féminisées, des actions en non-mixité. Il y a donc un ensemble de situations de sensibilisation qui ne sont pas intégrées dans les maquettes de formation.
Il y a quand-même certaines écoles où c’est assumé et où ça donne lieu à des crédits ECTS. Généralement, ce n’est pas inscrit avec un intitulé « Cours sur le genre » mais c’est intégré à l’intérieur d’un autre cours, comme par exemple lors d’une « Semaine éthique », ou encore dans le cadre d’une enquête en Ressources Humains portant sur l’égalité femme-homme dans les entreprises. La question que je me pose, c’est : pourquoi certaines ont passé le cap et d’autres non ? Moi, à l’ENSAIT, je renforce les cours liés au genre, j’en rajoute. On a commencé par les intégrer au module « Débats et Controverses » avec une Histoire du Droit de l’Egalité. Progressivement, il y a une intégration de nouveaux modules.
OFC : Il y a une différence ici, semble-t-il, avec le développement durable dans le sens où, dans certaines écoles, les enjeux socio-écologiques étaient apparus dans les années 2000 et avaient disparu, pour réapparaitre ces dernières années.
Aujourd'hui, ne pas parler de RSE ou de Développement Durable dans les enseignements en école d’ingénieur·es, c’est un risque. Pour le genre, c’est vraiment le début. Historiquement, la question du genre n’est jamais apparue, ça commence à peine.
Il y a le groupe de formation de la CDEFI qui souhaite travailler sur les questions sociales, et intégrer le genre dans ce cadre. Si la CDEFI inscrit cette thématique lors d’un colloque, ça ne disparaitra plus. Sur la sanction de la CTI, il s’avère que les accréditations étaient quasiment reconduites de manière systématique auparavant, mais 2024 a été l’année où la CTI a le moins reconduit d’accréditations sur cinq ans. C’est une angoisse pour beaucoup. Cette année, les trois axes les plus discriminants étaient : la fiche RNCP, la démarche compétences et la démarche qualité ⁴.
Conclusion de l’OFC
Dans son rôle d’accompagnement de transformation des écoles d’ingénieur·es, l’OFC soutient les initiatives qui intègrent les questions liées aux violences sexistes et sexuelles sur les campus. Leur prise en compte est une dimension importante de la transition écologique et sociale des formations au monde de l’ingénierie. Les curricula bénéficieraient sur ce sujet d’une incorporation plus large des SHS dans le sens où les approches critiques et pluridisciplinaires sont propices à développer une réflexion sur les rapports de pouvoir qui font souvent partie intégrante des situations problématiques liées au genre.

La bibliothèque de l'ENSAIT de Roubaix, construite en 1881 est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. © ENSAIT Roubaix
Notes
1 Les membres de l’OFC présents lors de la discussion étaient Christelle Didier, Nathan Coutable, Marc Gallien et Victor Michaud.
2 Briquet, C. (2019). De la banalisation des violences de genre en école d’ingénieur·e·s. Cahiers du Genre, 66(1), 109-128
3 https://www.lemonde.fr/campus/article/2022/11/30/violences-sexistes-les-ecoles-d-ingenieurs-face-a-desannees-de-banalisation-des-abus_6152271_4401467.html
4 Note de l’OFC : les critères d’évaluation restent centrés sur le « cœur de métier ». Les écoles n’ont pas été retoquées pour leur absence de prise en compte du genre dans leur formation.
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